Pour faire honneur à mon Cow award de "Reporter" j'entame l'année avec un reportage sur l'utilisation d'une barrière Infrarouge

J'avais entrepris en octobre/novembre dernier (avant que la météo ne se détraque ici - cela fait 15 jours que l'on est sous la grisaille) l'expérimentation d'une barrière Infrarouge. Cette technique étant à l'honneur depuis quelques temps je voulais voir un peu de quoi il en retournait.
J'ai d'abord cherché un sujet "à portée de main" et les écureuils de mon jardin m'ont paru pouvoir faire l'affaire. Ils restent assez farouches et, lorsque je les nourris, ils passent à la mangeoire à des moments de la journée totalement imprévisibles ce qui exclut l'affût classique. Donc la barrière IR me paraissait pouvoir résoudre le problème : je mets en place le matos et l'écureuil vient quand il veut...
De plus, j'avais en tête une image bien particulière : un écureuil descendant de son arbre pris en contre-plongée au grand angle (voire au fish eye) avec en arrière plan les ramures de pin d'Alep sur fond de ciel bleu. Beau cahier des charges.
En attendant l'arrivée de la barrière IR commandée chez Jama, je commence à préparer mon installation. Je repère un Pin bien éclairé par le soleil du matin sur le tronc duquel je fixe, perpendiculairement et à une hauteur de 1,5 mètres, une planchette de 40x40 cm destinée à accueillir mon matériel. Puis, je commence à nourrir les Ecureuils pour qu'ils prennent l'habitude de venir visiter les lieux. Au bout de quelques jours, je commence à voir mon stock de noisette disparaître : je suis sur la bonne voie

. Je les surprends d'ailleurs de temps en temps en train de venir s'alimenter. Mais ils ne font jamais plus d'1 passage par jour même si entre temps j'ai réapprovisionné la mangeoire. Et ce passage est imprévisible...
Quelques jours plus tard, la barrière IR me parvient. Le fonctionnement est simple : un émetteur d'un côté et un récepteur de l'autre + un câble raccordant l'émetteur à l'appareil photo. Il suffit de mettre tout sur "on" et d'aligner émetteur et récepteur. Alors, la magie opère : lorsque l'on coupe le faisceau (avec la main par exemple) l'appareil se déclenche.

Fier d'avoir surmonté ces premières étapes j'installe mon dispositif. Mon D200 muni du fish eye est simplement posé sur la planchette tourné vers le ciel. La barrière est assujettie de part et d'autre du tronc à environ 20 cm au-dessus du boitier sur le trajet que va inévitablement utiliser l'écureuil pour parvenir aux noisettes tentatrices disposées dans une coupelle derrière le boitier.
Voila pour la première mise en place. En fait cela demandera un certain temps pour aménager correctement l'ensemble :
- le fish eye couvre un champ important et il faut éviter que l'émetteur ou le récepteur n'apparaisse dans le cadre.
- les réglages de l'appareil sont un peu laborieux : comme celui-ci est posé sur la planchette (viseur contre la planche) je dois faire la mise au point et le cadrage au jugé puis vérifier le résultat en reprenant en main l'appareil et en regardant les résultats sur l'écran.
- pour la mise au point j'installe un sujet fictif à l'endroit où doit se trouver l'écureuil au moment où il coupe la barrière IR. Je retrouve une utilisation inattendue à une vieille peluche de ma grande fille de 20 ans
...
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Tout cela étant fait, je me poste à l'intérieur de la maison et observe depuis une fenêtre.
Mes visiteurs mettront 2 jours avant de s'approcher à nouveau de la mangeoire qui est maintenant encombrée de pas mal de matériel un peu inquiétant pour eux. Enfin, j'aperçois un bon candidat pour la première photo. Il est assez prudent et met beaucoup de temps avant de se lancer. Ca y est il ose enfin...et repart aussitôt, visiblement inquiété par le bruit du déclenchement. Après quelques temps, l'Ecureuil finit par se représenter, mais il n'ose pas traverser la barrière IR, très probablement stressé par le bruit associé à son passage. Mais pas de problème pour un acrobate tel que lui : au lieu d'utiliser la voie royale que je lui avais prévue il va simplement contourner la barrière, passer sous la planchette et après un rétablissement se hisser sur celle-ci et accéder à la nourriture...sans déclencher

!
Bon c'est là que commenceront les complications. J'attaque le problème par les 2 bouts :
1- Réduire le bruit du déclenchement : passer en mode vue par vue et revêtir l'appareil de sa housse antibruit.
2 - J'interdis l'accès à la planchette par les côtés en posant un grillage latéral.
Cela va marcher ...1 fois. Ensuite l'Ecureuil trouvera le moyen d'accéder à la mangeoire en grimpant après le grillage et en passant par dessus. Le grillage latéral n'était pas suffisant : il faut en mettre également sur le dessus et à l'arrière de la planchette. J'obtiens à présent une mini cage avec pour seule ouverture un rectangle de 30cmx20cm par lequel doit passer l'Ecureuil s'il veut accéder à la nourriture. Cela le rend un peu hésitant mais il finit par se décider à nouveau. Et cette fois il déclenche ! Victoire !
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Mais la visualisation des images démontre tous les problèmes à résoudre avant d'avoir une photo

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- L'entrée de la "cage" est trop étroite : du coup le grillage apparaît sur la photo.
- La mise au point n'est pas correcte car je n'avais pas prévu la distance accomplie par l'écureuil entre le passage de la barrière et l'ouverture du rideau.
- La lumière est médiocre, seule une journée particulièrement ensoleillée me permettrait d'obtenir un résultat décent, sauf à utiliser un flash, ce que j'essaie d'éviter si possible.
- Le déclenchement s'opère parfois alors que l'Ecureuil est à la périphérie de la barrière et le cadrage et raté : juste le bout d'une vibrisse ou d'un ongle...
- Sans compter les nombreuses queues d'Ecureuil car bien sûr la barrière se déclenche à l'allée comme au retour quand l'animal quitte les lieux.
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Finalement entre les jours de temps maussade, les tâtonnements dans les réglages du boitier, les tentatives d'utilisation d'autres focales (pour finalement revenir au fish-eye), les erreurs de cadrage, les jours où aucun écureuil ne se présente....Il faudra beaucoup de temps pour commencer à avoir des clichés.
Après plus d'1 mois d'essais quotidiens, je suis loin d'être parvenu à l'image idéale mais je vous présente quand même les 2 moins mauvaises de la série. Je pense qu'elles montrent un bon potentiel mais l'expo et la mise au point sont perfectibles, le ciel n'est pas assez bleu (au moins sur la seconde image), le Pin est flou et j'ai dû recadrer l'image d'origine car j'ai encore du grillage dans le champ...mais je trouve le cadrage sympa.
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Alors un premier bilan provisoire de cette petite expérimentation :
- C'est plus simple techniquement que je ne le pensais.
- Il faut être quand même un peu bricoleur et persévérant pour trouver les parades aux problèmes tout bêtes qui se posent.
- Au niveau du matériel, le plus embêtant est la faible durée de vie des piles de la barrière IR (1 pile carrée dans l'émetteur et 1 dans le récepteur). Il faut les remplacer toutes les 20 heures environ. Il y a des solutions de type batterie de voiture mais je n'ai pas encore expérimenté cette voie.
- Au niveau du sujet, le plus compliqué est de faire passer l'animal sur la trajectoire convoitée. Obtenir le cadrage idéal est une vraie prise de tête.
- Finalement je crois avoir un peu compliqué les choses en commençant par le fish-eye sur un animal d'aussi petite taille ce qui implique une prise de vue très rapprochée d'où les problèmes liés au bruit de déclenchement qui effarouche l'écureuil.
Il est clair que si au lieu de passer ces nombreuses heures de mise en place et de réglage j'avais tout bêtement fait des affûts classiques j'aurais engrangé un nombre respectable de superbes photos piquées. Mais d'un autre côté je ne vois pas d'autre solution que la barrière IR pour obtenir le cadrage que j'avais en tête...
Dès que le temps est meilleur je m'y remets pour tenter d'obtenir mieux...
Jérôme