Affût du 9 mai 2009Le temps n'est pas extraordinaire ce jour mais, comme il s'annonce franchement mauvais dans les jours qui suivent, je me décide pour un nouvel affût.
L'activité s'est légèrement renforcée. La femelle continue à s'absenter fréquemment mais ces absences sont plus courtes (20' au lieu de 1 heure). Le mâle est presque tout le temps sur le site. Il semble avoir pour objectif d'attirer la femelle par ses appels ou ses vols de parade. Il y aura durant la matinée 6 offrandes (8h00, 8h20,9h00,10h20,10h22, 10h57), 2 accouplements (8h00 et 10h20) et 2 régurgitations (10h20, 11h28).
Le ciel est gris mais finalement le silhouettage sur fond blanc n'est pas inintéressant. Je me suis finalement décidé à accentuer cet effet au lieu d'essayer de revenir à un ciel moins blanc.
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Régurgitation
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Les offrandes semblent plus substantielles avec notamment, sur la photo ci-après, 1 empuse !
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Le dépoussiérage de la cavité se poursuit. Un violent combat entre le couple et un 3° individu s'est produit vers 9h45 et s'est prolongé pendant 1/2 heure. Le mâle est le plus actif à défendre le territoire mais la femelle l'encourage en se portant à ses côtés. L'intrus est assez osé : il tente de se poser sur le pin perchoir favori du couple ! Il est aussitôt attaqué par le mâle qui le déloge et le poursuit.
Querelle territoriale classique ou bien...En fait je me pose des questions

car, à y regarder de plus près, un détail me chiffonne. La femelle installée sur le site depuis le début de ces affûts ne présente pas de particularité physique marquante. A tel point que seul le comportement de l'individu me permet de reconnaître le mâle de la femelle car il n'y a pas de dimorphisme sexuel apparent chez le Rollier. Pourtant, à présent, je remarque un détail essentiel. L'extrémité de la mandibule supérieure du bec des Rolliers est toujours pourvu d'un crochet. C'est une marque de fabrique présente chez les 2 sexes que l'on retrouve sur les 12 espèces de la famille. C'est une arme dont sont pourvues beaucoup d'espèces spécialisées dans la prédation sur gros insectes ou micromammifères : Rapaces, Pie-grièche,... Mais, force est de constater, que sur la femelle de ce couple le crochet est fortement émoussé voire absent.
60 -Femelle à droite

Mais, en revanche, comme le montre un grossissement d'une photo faite dans les jours précédent, la femelle observée depuis le début de mes affûts de cette année possédait un crochet tout à fait normal.
61 -Femelle à droite

J'ajoute que cette nouvelle femelle (celle au bec sans crochet) est sans aucun doute celle qui s'est reproduit sur le site l'an passé. J'avais alors remarqué cette anomalie morphologique bien pratique pour différencier le mâle de la femelle. Cela voudrait-il dire que la femelle historique, après une arrivée plus tardive sur le site de reproduction, aurait à présent repris ses droits ? Donc, nous aurions sur le site un couple avec une femelle légitime (celle au bec sans crochet) et un 3° individu qui serait également une femelle (celle au bec normal et qui jusqu'à ce jour était en couple avec le mâle). Quelle histoire

!
En tout cas un comportement fort intéressant. Les couples de Rolliers sont supposés fidèles et formés pour la vie. On a ici la preuve que la notion de fidélité est plutôt relative et qu'elle n'exclut pas certaines incartades (j'ai des photos d'accouplement du mâle avec les 2 femelles). D'autres questions se posent : la femelle au bec sans crochet va-t-elle rester dominante ? L'autre femelle qui s'est accouplée à plusieurs reprises, pourrait-elle pondre et, si oui, où ? Enfin, si la présence de 3 individus sur un site de reproduction a déjà été observée, on reste incertain (au moins dans ma documentation) sur la possibilité que le 3° individu participe de façon active à l'élevage des jeunes du couple dominant (ce qui est un phénomène plus courant chez le Guêpier d'Europe). Je vais donc suivre cette aventure avec intérêt.
Jérôme