dernières news de Paul Bour, d'aujourd'hui .... elles sont très mauvais

:
Depuis le 29 février et consécutivement à une réunion de crise qui s’est tenue à Garoua en présence des ministres de la Défense et de la Faune, une opération militaire de grande envergure se déroule dans le PN de Boubandjida et les zones périphériques frontalières avec le Tchad. Les forces des BIR ont été largement déployées appuyées par un hélicoptère et 3 ULM d’observation de la base aérienne de Garoua.
Au cours des premiers jours de mars des braconniers ont été repérés à deux reprises en pleine opération d’abattage et de dépouillement des ivoires. Plusieurs accrochages ont eu lieu entre braconniers et forces du BIR.
Les braconniers paraissent vouloir éviter le contact mais semblent également décidés à mener leur tâche à son terme et s’il semble qu’une partie des braconniers a pris le parti de s’exfiltrer vers les frontières du Tchad et de la RCA vers le Sud Ouest, des informations récentes et à vérifier signalent que des braconniers ont été aperçus à la poursuite et à la recherche d’éléphants loin et au Nord Ouest du parc, ce qui donne à craindre que les braconniers ne puissent désormais s’orienter vers les derniers sanctuaires d’éléphants, que sont les PN de WAZA et de la Bénoué. Le bilan des accrochages, dont il m’est impossible de dévoiler la teneur exacte, fait état de pertes dans les deux camps et la saisie de matériel, chevaux, munitions, ivoires etc. en quantités significatives.
A l’intérieur du parc la situation sécuritaire semble maitrisée en raison de la très forte présence militaire. De surcroît, tous les éléphants étant morts ou en fuite rien ne justifie plus la présence des braconniers.
A l’heure actuelle les opérations militaires se poursuivent et doivent se tenir aussi longtemps que nécessaire. La mise en place d’un dispositif militaire durable de surveillance et de réaction est d’ores et déjà annoncé.
Sur le plan des abattages, l’heure n’est pas encore au bilan, mais il est clair que celui-ci sera « effroyable » selon les propos de tous les témoins. De nombreux sites d’abattages ont été trouvés par les troupes au sol et les observateurs aériens et le décompte final sera incontestablement très supérieur aux chiffres jusqu’ici annoncés. Les cavaliers auraient eux même déclaré à la population il y a déjà quelques semaines en être à 650 éléphants tués et cette déclaration nous semble absolument plausible. Notre décompte personnel et formel s’élève à environ 280 animaux, sans que nous n’ayons procédé à aucun travail systématique faute de pouvoir accéder librement au terrain.
Seul un travail d’inventaire aérien méthodique permettrait une appréciation réaliste de la situation. Espérons que le MINFOF et les organismes de conservation auront à cœur de mener cette opération à bien.
Sur le terrain et depuis le début du mois les seules observations d’éléphants vivants consistent en quelques rares individus isolés, les derniers troupeaux vus ayant été presqu’aussitôt retrouvés abattus. Nos nombreuses sorties en véhicule n’ont permis de trouver aucune trace de troupeau traversant les pistes du parc, ce qui se produisait incessamment auparavant.
Certains témoignages font état de la fuite d’éléphants en nombre significatif à l’extérieur de la zones concernée(*), et bien que cela soit probable il ne fait aucun doute pour nous que cela ne représente qu’une modeste partie des éléphants qui évoluaient dans notre secteur.
Les braconniers ont fait preuve d’une terrible efficacité qui témoigne d’une grande habitude et maitrise de ces pratiques, d’une organisation efficace de type militaire qui évoque une motivation autre que celle de l’argent au premier degré, mais plutôt du financement par l’ivoire des moyens d’une « cause », milice, rébellion ou mouvement terroriste par exemple, sans qu’aucune hypothèse ne puisse être précisément évoquée ou étayée pour l’heure.
Ils ont également fait preuve d’une incompréhensible cruauté, abattant systématiquement tout éléphant rencontré, y compris des individus jeunes, isolés et dépourvus d’ivoires. Ce comportement semble témoigner d’une volonté d’extermination, d’un acharnement dont les motivations ne peuvent être financières, mais qui semble plutôt relever de la haine ou de la vengeance.
Pour nous sur le plan touristique nous avons préféré annuler les réservations prévues ces jours ci, bien que nous n’en ayons pas eu l’ordre formel; mais la présence massive de militaires au lodge et dans le parc, les accrochages et la témérité des cavaliers nous incitent à la prudence… nous recevrons les clients en avril si cela se décante comme cela en a l’air, mais quoi qu’il en soit notre saison est morte et nous nous retrouvons dans une situation économique plus que périlleuse.
Après des années d’efforts, d’abnégation et de sacrifices, notre rêve est détruit. Malgré toutes les difficultés et les obstacles, les coups recus, nous étions fiers d’être là, au cœur d’un parc auquel nous avons apporté le meilleur de nous même pour contribuer à en faire l’un des plus riches et des plus beaux d’Afrique francophone. En nous arrachant les éléphants les cavaliers ont arraché l’âme et le cœur de ce joyau. Bien évidement le mal qu’ils ont fait ne s’arrête pas à nos seuls intérêts et à notre attachement, les conséquences vont bien au-delà et il faudra du temps pour que les premiers intéressés que sont les camerounais et particulièrement les riverains mesurent l’ampleur de la perte dont aujourd’hui hélas beaucoup semblent se féliciter.
Puisse au moins ce désastre servir à une prise de conscience et conduire à une réaction durable en faveur de la sauvegarde de la faune et des ressources naturelles dans ce qui reste pourtant, un si beau pays…